Les ateliers de l’action 2 du projet constituent un ensemble innovant d’approches professionnelles proposant de considérer les personnes non plus seulement comme victimes mais aussi comme actrices de leur propre vie dans l’aide à l’insertion et à la reconstruction sociale.

 

 

Dans l’action 2 du projet Se reconstruire et s’insérer, les ateliers ont été une mise en oeuvre à Paris et à Montpellier. Les principaux objectifs pour le public cible étaient de :

 

  • Libérer la parole

  • Valoriser la personne

  • Favoriser l’estime de soi

  • Améliorer l’image que la personne a d’elle-même

  • Créer un espace de confiance

  • Améliorer les connaissances générales et les capacités de recherche d’insertion sociale et d’emploi

Les ateliers pdf La synthèse des ateliers

 

 

 

 

 

L’espace emploi

 

L’espace emploi a été un lieu d’accompagnement individualisé à l’insertion professionnelle des bénéficiaires qui couvrent un public plutôt large mais surtout représenté par les femmes : en 2006, par exemple, il a accueilli 67 personnes dont 49 femmes, 15 hommes et 3 personnes travesties/transsexuelles. Une grande partie des bénéficiaires étaient originaires d’Afrique noire, 13 de pays francophones (Sénégal, Congo, Mali, Cameroun, Côtes d’Ivoire) et 19 de pays anglophones (Niger et Sierra Leone) soit 48 % des personnes accueillies.

 

Une dizaine de ces femmes africaines anglophones ont été orientées vers l’atelier FLE, d’autres, maîtrisant le français et possédant des titres de séjour en règle, ont été orientées vers un partenaire du réseau d’insertion professionnelle. En général, ces jeunes femmes se révèlent être très motivées et possédant de grandes capacités d’adaptation, nécessaires au travail en intérim. L’autre partenaire privilégié est le CAVA de l’atelier Dagobert, un outil indispensable pour l’insertion de ces jeunes femmes qui ne sont pas encore autonomes pour accéder à des postes en Association Intermédiaire. L’expérimentation, à plusieurs reprises, du parcours d’insertion « CAVA et Association Intermédiaire » s’est révélée pertinente.

 

Les femmes africaines francophones, en général plus âgées que les anglophones, sont le plus souvent en demande de postes auprès de particuliers (aide à domicile ou auxiliaire de vie). Elles ont, parfois, déjà une expérience professionnelle en France et ont généralement travaillé dans leur pays d’origine. Les orientations vers les formations d’auxiliaire de vie restent relativement faciles. Cependant, les employeurs sont de plus en plus exigeants et demandent, à présent, l’obtention du diplôme d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS qui ne se prépare qu’en formation continue) ou des certificats de travail. Il est donc moins aisé qu’avant de trouver rapidement un emploi avec une formation d’assistante d’auxiliaire de vie.

 

L’espace emploi a renforcé son partenariat avec les Missions Locales parisiennes, axé sur les représentations autour de la prostitution que peuvent avoir les professionnels des Missions Locales et sur leurs difficultés à aborder cette question. Ces échanges, très riches, ont facilité l’orientation vers les services sociaux des structures partenaires de jeunes qui connaissent la prostitution ou qui sont en danger de prostitution. Ils permettent aussi d’accompagner au mieux les jeunes en leur offrant un cadre soutenu à travers les interventions complémentaires de la Chargée d’Insertion de l’Amicale du nid de Paris et du Référent Mission Locale.

 

Face à la difficulté croissante que les usagers rencontrent dans leur démarche d’insertion professionnelle, provoquée par la diminution des mesures publiques d’aide à l’insertion professionnelle (formations moins nombreuses, difficulté d’accès aux contrats aidés, rareté des chantiers d’insertion, exigences des A.I. et des E.I. etc.) mais aussi par les spécificités de ce public, il est nécessaire de renforcer les partenariats et d’en créer de nouveaux avec des employeurs dans le secteur de l’aide à domicile et dans le secteur marchand afin d’optimiser les chances, pour les bénéficiaires, de trouver un emploi.

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier français langue étrangère

 

L’atelier FLE, animé par une éducatrice spécialisée et une chargée d’insertion professionnelle de l’Amicale du Nid de Paris, était destiné aux bénéficiaires des structures partenaires du projet ayant des difficultés à comprendre et/ou à parler le français. Atelier fonctionnant sur une longue période, à raison de deux heures par semaine, les principaux objectifs étaient d’enseigner le français à une population étrangère (principalement des femmes originaires du Nigeria) avec un contenu de formations initiales adapté, de jeter les bases de la langue selon le quotidien de ces personnes, d’améliorer le niveau de français pour celles qui avaient déjà une certaine connaissance, d’améliorer aussi et surtout l’expression orale. Ces objectifs techniques de l’atelier FLE, une fois atteints, permettaient des résultats concrets et positifs sur la reconstruction personnelle : une (re)prise de confiance en soi par une meilleure expression orale et par une meilleure compréhension du français écrit et parlé ; une marge de manoeuvre plus grande dans l’utilisation de l’information et de la communication ; une possibilité d’inclusion sociale ; une ouverture vers l’insertion professionnelle.

 

 

La difficulté majeure :

 

L’atelier a rencontré une difficulté majeure qui est celle de la régularité des bénéficiaires aux cours. Une fois qu’elles sont informées et orientées vers l’atelier par les référents sociaux et à l’issue d’un entretien avec les animatrices de l’atelier pour connaître le niveau de compréhension de la langue, les personnes qui bénéficiaient de cette mise en oeuvre étaient invitées à suivre l’atelier chaque semaine afin de maintenir une progression de pratique et de compréhension à peu près semblable. Le manque d’assiduité n’a pas permis d’obtenir des résultats et des progrès significatifs chez certaines personnes. De ce fait, le cadrage de la formation initiale devenait aléatoire puisqu’il fallait prendre en compte le rythme de chacun. L’irrégularité de la fréquentation de l’atelier ne paraît pas être le signe d’un manque d’intérêt, les bénéficiaires ayant fait preuve d’une motivation certaine et d’une participation active en cours et, certains d’entre eux, n’ayant pas hésité à aider les nouveaux arrivants. Elle est plutôt expliquée par la complexité du quotidien des participants fait de situations administratives difficiles, d’un manque de projection dans un futur proche et du fait d’un avenir incertain. Dans cette situation, un réajustement doit être proposé pour préserver la motivation du groupe régulier, des nouveaux arrivants, des personnes motivées mais irrégulières mais aussi la motivation des animatrices de l’atelier. Ce réajustement a été possible dans ce cas de figure dans l’adaptation quasi-hebdomadaire du contenu du cours : les animatrices adaptaient donc les exercices et les applications selon les personnes présentes à l’atelier. Cela demande une certaine faculté d’adaptation et de réajustement rapide dans l’animation de l’atelier.

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier informatique

 

Les objectifs :

 

  • Permet d’appréhender, d’expérimenter et d’approcher une nouvelle technologie.

  • Donne un aperçu des possibilités informatiques dans l’insertion sociale et professionnelle

  • Redonne une perception positive de l’outil informatique pour ceux déjà expérimentés dans un autre cadre

  • Apporte un soutien dans une démarche de formation et amène une confiance en soi

  • Se définit comme un tremplin pour accéder à une formation qualifiante

  • Evalue les capacités d’apprentissage

  • Valorise la création documentaire, la recherche de thématiques

  • Change la perception de la personne capable de faire autre chose que la prostitution

 

 

« Ce sont des ateliers qui, pour moi, permettent à toutes ces personnes qu’on accompagne de les accompagner autrement que derrière un bureau. On propose à la personne un espace où elle va pouvoir elle-même s’expérimenter et même dépasser le regard de l’autre. Généralement, les personnes que l’on reçoit, elles portent un regard sur elles qui est souvent « je ne sais pas grand’chose, je ne sais pas faire grand’chose, on me regarde comme si sur mon front était inscrit prostitution ». Elles ont une image d’elles complètement erronée, les ateliers leur permettent de vivre un autre moment en dehors de la prostitution, en dehors des entretiens qu’elles ont avec les travailleurs sociaux ou d’autres associations. Là, c’est un moment qui leur appartient où elles viennent créer. [...] Ce sont des espaces qui pour moi sont importants, ils permettent une reconnaissance, de les voir autrement et qu’elles se voient aussi autrement. Dans ces ateliers, il ne s’agit pas là d’être évalué [...] Il faut que ce soit un outil inscrit dans l’accompagnement socio-professionnel, qui s’inscrit dans le parcours des personnes, pas uniquement du côté professionnel, parce que ça développe des compétences personnelles, individuelles, psychiques. »

Entretien, ADN – Paris

 

L’atelier informatique a fonctionné sur du long terme avec une rencontre hebdomadaire, animée par deux personnes de l’Amicale du nid de Paris. Doté de quatre ordinateurs, l’atelier a accueilli des petits groupes de bénéficiaires. Cet espace permettait également aux participants de gérer leur « temps libre », ils pouvaient tout simplement venir pour faire des recherches sur internet sur des sujets du quotidien ou de l’ordre de l’intime. Que les bénéficiaires soient en situation administrative régulière, irrégulière et/ou en attente d’accéder à une formation ou à un emploi, cet atelier, leur permettait d’avoir une activité sociale. L’atelier informatique avait aussi une fonction complémentaire avec l’atelier FLE : il permettait de reprendre, d’approfondir et de réviser toutes les notions de français qui étaient abordées par l’intermédiaire d’applications informatiques.

 

« Les personnes sont adressées par les référents sociaux. Ceux qui assurent l’accompagnement des personnes peuvent solliciter le cours informatique. Le cours d’informatique, comme le cours de FLE, participe à une réinsertion sociale et professionnelle. Ça permet aux personnes d’acquérir certaines compétences personnelles, une meilleure estime de soi, une meilleure valorisation de soi. [...] C’est une forme d’apprentissage progressif, les personnes ne sont pas obligées de venir toutes les semaines à l’atelier informatique. Donc, il se fait aussi en fonction de leurs attentes, de leurs besoins et aussi en fonction de leur accompagnement professionnel et social qui leur est proposé par leur éducatrice. [...] Il est fait pour s’insérer plus facilement, en tout cas pour être avec le monde extérieur via l’informatique pour l’inscription aux ASSEDIC, pour la recherche d’emploi ou tout simplement pour des questions un peu délicates à poser à l’éducateur. J’ai eu une personne qui ne savait pas comment utiliser le préservatif féminin, donc là l’informatique lui a permis d’en connaître l’usage. [...] C’est une manière d’être autonome, d’aller chercher les informations, d’être en capacité d’aller chercher au bon moment et au bon endroit. »

Entretien, ADN- Paris

 

« Il ne faut pas oublié la notion de plaisir. On vient ici pour prendre du plaisir, on rompt avec l’isolement, la solitude, c’est rompre avec le monde prostitutionnel. Ici, on se libère, il n’y a pas de stress, on essaie de mettre à l’aise les personnes. [...] Elles ont beaucoup de mal à toucher au clavier, peur de faire des erreurs. Justement, ce qui permet à ces personnes de pouvoir expérimenter c’est de faire des erreurs. Elles-mêmes acquièrent plus d’assurance et me le renvoient, « vous voyez, vous voyez, je m’en suis souvenue », elles prennent même des initiatives, elles prennent des notes, elles s’organisent. [...] ça participe quoi qu’il en soit à une meilleure image de soi, ça développe des capacités qu’elles mêmes ne soupçonnaient pas, être capable d’aller au devant des choses.»

Entretien, ADN – Paris

 

 

 

 

L’échange de savoir et le lien social

 

Au-delà de l’aspect ludique et agréable du maniement de l’outil informatique par des exercices et des supports appropriés qui a permis une initiation intéressante et constructive, des dimensions sociales sont à retenir dans le fonctionnement de l’atelier, notamment celles de l’échange de savoir et de la création de lien social. L’assiduité d’une partie des bénéficiaires a montré la volonté d’apprendre mais aussi la volonté de transmettre leurs acquis informatiques auprès des autres moins assidus ou récemment intégrés dans l’atelier, pratique valorisante pour la personne qui transmet son savoir. Difficulté évoquée dans d’autres ateliers (FLE), le manque de régularité des participants, qui peut troubler l’évolution de l’atelier, doit être utilisé comme un atout. Les personnes en situation d’apprentissage qui sont régulières à la formation se valorisent non seulement par ce qu’elles apprennent mais aussi parce qu’elles transmettent. Cette double approche permet la création de lien social (approche collective) et la création de différents types de relations sociales au sein du groupe (bénéficiaires initiés/débutants ; bénéficiaires de même niveau ; acteurs sociaux/bénéficiaires).

 

« Il y a un groupe qui se forme avec des échanges dans le cadre de l’atelier informatique, mais c’est aussi d’autres échanges sur des recettes, par exemple, ça amène des discussions, ça amène de la sociabilité. Ça amène une certaine forme de réussite, de la fierté. Lorsqu’on a réussi à mettre en forme son texte, qu’on y a mis de la couleur, qu’on y a inséré des images et autres et qu’au départ on n’y connaissait rien, je peux vous dire que quand le document est imprimé, les personnes ont la sensation d’une satisfaction personnelle. Je pense que l’atelier informatique permet à ces personnes, pendant un court moment, de ressentir cette émotion, ça leur permet de rebondir à nouveau et de repartir moins mal. [...] Quand elles ont chacune des niveaux différents, ça demande à être deux et des travaux individuels se mettent en place. La richesse d’avoir des personnes de même niveau, ça permet de faire un travail de groupe, ça permet de commencer un travail ensemble et de terminer ensemble. Ça permet de le corriger ensemble et d’en parler ensemble. Il y a vraiment un échange, ce n’est pas vraiment une compétition, mais on sent bien qu’il y a une envie de bien faire. [...] Il y a une entraide, une solidarité qui se met en place. »

Entretien, ADN – Paris

 

Visualiser des exemples d’applications informatiques de l’atelier :

pdf Le travail informatique d’Irini

pdf Le travail informatique de Christine

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier pratique histoire de vie

 

Touchés dans leur identité, les participants ont des difficultés à sortir de leur situation actuelle. L’identité de chacun peut alors se révéler en apprenant à se raconter et en confrontant son récit avec celui des autres. Pour aider le bénéficiaire à se libérer de son enfermement et pour qu’il puisse apprendre à se projeter dans de nouvelles actions, il est d’abord nécessaire de lui permettre d’identifier un capital de compétences en se racontant. L’approche histoire de vie permettait de se réapproprier l’écriture, lever des inhibitions cognitives, restaurer l’autonomie de la personne, développer son sentiment d’appartenance à un groupe culturel, décrire la façon dont il a dépassé des difficultés et réussit des expériences pour dépasser les difficultés futures.

 

 

La pratique histoire de vie c’est :

 

  • une pratique qui insiste sur le témoignage

  • une communication de son histoire

  • un instrument pour ceux qui ont été bouleversés par le destin et l’histoire de leur famille

  • une ressource essentielle pour tout processus d’évolution, de formation, d’orientation, de changement

  • une source de réflexion qui permet l’appropriation de son parcours et l’intégration

  • un passeport pour changer d’habitudes, de rôle, de métier

  • une aide pour dépasser les blocages individuels et repenser sa vie

  • une invitation à réinterpréter autrement des faits passés

  • un pont vers l’avenir par l’apprentissage de la socialisation

(source : 1995, Histoire de vie, Paris, Ed. ESF, p. 113, P. Michard et A. Yatchinovsky)

 

 

 

L’atelier s’est structuré en deux parties :

 

  • Une activité histoire de vie pour les acteurs sociaux en groupe ayant pour objectif de leur montrer une autre méthode de collecte qui permette de faire parler l’individu par le détour d’un thème, technique qui offre la possibilité de parler de soi en limitant les émotions brutes et directes. Les exercices servent de supports médiateurs pour que la personne ne soit pas obligée de parler directement d’elle-même. Cet atelier de sensibilisation a permis aux acteurs sociaux de mieux comprendre l’objectif de l’atelier, de faire un travail sur eux-mêmes puis de l’utiliser comme outil professionnel dans l’accueil des usagers, action souvent pratiquée dans l’urgence.

  • Une activité histoire de vie pour les bénéficiaires du projet sur du long terme, jusqu’au démarrage du processus de sortie de la prostitution. Les exercices proposés permettaient à l’individu de mettre en mots ce qu’il sait faire, ce à quoi il croit, de décrire ses goûts, ses choix et ses rêves passés, de lui redonner confiance. La découverte de ressources cachées permettait le renvoi d’une image plus positive de lui-même. L’atelier pouvait s’organiser autour de groupe restreint mais la priorité a été mise sur la relation individuelle (animateur/bénéficiaire).

 

« Les personnes avaient toujours quelque chose à me dire, à dire sur leur vie et ça leur faisait du bien de le dire. [...] Il y avait une relation privilégiée, ils se confiaient, échappaient à l’urgence pour être dans un espace de bien »

Entretien, Paris

 

 

« On a commencé à parler, ça m’a fait du bien. [...] Elle était très à l’écoute, elle m’a mis à l’aise, elle parlait ouvertement. C’était bien parce que vous savez le fait de parler de soi-même des fois ça fait du bien. Y’a des moments quand je racontais des fois ma vie il m’arrivait de pleurer. C’est comme si on dégageait quelque chose. [...] Vous savez ça fait six ans que je suis en France et pendant ces six années, j’ai vécu beaucoup de choses. [...] J’ai rencontré dans cet atelier une personne que je ne connaissais pas avant, on est toujours amis. C’est une personne qui est dans le film, on est devenu amis jusqu’à maintenant. Une fois, elle nous a réuni tous les deux, elle nous a donné des capacités et elle a trouvé que notre vie, notre parcours était intéressant, ce qu’on a vécu tous les deux. [...] On sent qu’on n’est pas nul, qu’on est capable d’affronter les difficultés de la vie malgré notre précarité, malgré le peu de moyens qu’on a, parce que ce n’est pas facile quand on n’existe pas administrativement. Jusqu’à maintenant on est des SDF, on n’est pas en situation régulière, donc c’est difficile. Mais malgré tout cela, on a réussi à résister, à affronter. Donc c’est bien de connaître ses capacités, ça fait du bien, ça nous renforce, ça nous donne du courage pour continuer. [...] Avec les travailleurs sociaux, dans un bureau, vous savez quand on est en entretien, par exemple, dans un bureau, c’est pas pareil. On est des fois gêné. C’est un temps limité. De temps en temps, y’a le téléphone qui sonne. On ne se sent pas vraiment à l’aise. On raconte nos histoires brièvement. Avec Arlette, c’était comme si je parlais avec ma mère. J’étais à l’aise. »

Entretien, bénéficiaire Altaïr

 

La difficulté majeure :

 

Le faible taux de participation des bénéficiaires à cet atelier met en évidence l’existence d’une difficulté majeure dans les mises en oeuvre de la démarche innovante du projet. La principale raison du faible taux de participants serait le manque d’implication des référents sociaux à inviter ou à informer les usagers sur le bénéfice que pourrait apporter un tel atelier. Difficulté évoquée aussi dans l’action-recherche où les acteurs sociaux faisant les entretiens manquaient à un moment donné de témoignages. La pratique histoire de vie a été particulièrement concerné par ce blocage des pratiques professionnelles au début de son existence. Nous retrouvons dans d’autres ateliers et notamment celui de la relaxation l’hésitation préalable des référents sociaux à adhérer à de nouvelles pratiques d’accompagnement.

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier relaxation

 

L’objectif principal de cet atelier s’inscrivait dans le parcours de reconstruction personnelle des personnes comme lieu d’expression corporelle, d’échanges et de valorisation afin d’accroître la capacité à se projeter pour se reconstruire et devenir acteur de leur vie. Les personnes suivies dans le cadre de cet atelier présentaient souvent des difficultés sociales, familiales et psychologiques, intriquées et interdépendantes, qui viennent freiner le processus de reconstruction. Ces difficultés se manifestent, en particulier, par une dissociation tête/corps qui se caractérise par un déni du corps et notamment par un manque de sensibilité corporelle, un refoulement des désirs et une difficulté à se projeter dans l’avenir, la présence de symptômes dépressifs, une fragilité narcissique (les sentiments de dévalorisation, de culpabilité, l’incertitude quant aux compétences, une estime de soi détériorée, un manque de confiance) et des problèmes de santé importants (parfois méconnus ou négligés). Le travail mené ne consistait pas uniquement à permettre à la personne de se détendre, il proposait également d’interroger des éléments nouveaux : la volonté d’agir, le pouvoir décisionnel, les représentations que l’on se fait de soi et des autres. La psychosociologue qui animait cet atelier tentait de remettre le pouvoir entre les mains de la personne. Cela a eu pour conséquence chez les participants de prendre du recul sur leur situation et de résoudre leurs problématiques avec plus de confiance et de ténacité. La possibilité de choix comme vecteur principal de l’atelier participait à redonner de la liberté d’action aux personnes qui agissent pour leur propre intérêt. L’atelier a créé aussi un cadre de confiance où la personne pouvait se livrer et travailler sur des émotions qui font obstacles à toute démarche de reconstruction.

 

 

Les techniques de relaxation proposées par la psychosociologue en séance individuelle ont été :

 

  • la sophrologie : elle est basée essentiellement sur la suggestion, la respiration et la visualisation qui permet, en utilisant la voix et une musique adaptée,de travailler sur plusieurs dimensions de la personne comme la prise de conscience du schéma corporel, les émotions (peur, colère, anxiété, tristesse…) et les problématiques personnelles (manque affectif, manque d’assurance, manque de concentration…).

  • La réflexologie plantaire : massage effectué essentiellement sur la plante des pieds qui permet une détente profonde et une harmonisation du système énergétique.

  • Le modelage : toucher corporel qui vise la détente et l’éveil d’une conscience psycho corporelle. Cette approche globale privilégie de grands mouvements lents et enveloppant qui couvrent l’ensemble du corps et qui permet une profonde relaxation physique et psychique.

 

 

Ceux qui avaient un rapport difficile avec leur corps débutaient le plus souvent par une séance de réflexologie plantaire. Ce massage des pieds permet d’avoir un contact avec une partie du corps rarement instrumentalisée à des fins de prostitution. Après quelques séances, les personnes acceptaient d’étendre le contact à d’autres parties du corps : d’abord le dos, les bras, les jambes pour enfin élargir la séance de modelage corporel au corps dans sa globalité.

 

Progressivement, ces séances de modelage corporel ont libéré la parole et les émotions. Les personnes ont exprimé le besoin d’aller plus loin dans le travail de reconstruction personnelle en travaillant sur des sujets tels que l’estime de soi, la confiance en soi, la culpabilité, la peur, la motivation…

 

« Il y a une personne qui m’a dit « c’est comme si vous m’enleviez du pied une épine une par une », c’est-à-dire qu’on va travailler sur des problématiques telles que les angoisses, la confiance en soi, l’estime de soi, l’estime de soi d’abord qui influence sur la confiance en soi. [...] En tout cas, ce que disent les personnes c’est qu’elles se sentaient exister à travers mes mains, à un moment donné c’est vraiment la reprise de conscience du corps donc revivre de nouveau, exister »

Entretien, Paris

 

Les résultats de l’action à court terme :

 

Les bénéficiaires ont exprimé un bienfait immédiat de la séance de relaxation : elles disaient se sentir plus décontractées et moins stressées. Elles exprimaient aussi un soulagement de leurs tensions musculaires douloureuses. Les personnes étaient agréablement surprises de la douceur du massage et disaient avoir rarement ressentie une telle sensation, une telle attention à leur égard, elles avaient aussi l’impression de voyager, une manière de se couper du quotidien difficile. Elles exprimaient aussi le fait de se sentir exister pendant la séance enveloppante et globalisante du massage.

« Les personnes expriment un réel bienfait immédiat, ça c’est évident, et même les travailleurs sociaux disent que la personne n’est pas la même quand elle entre et quand elle sort. Au niveau physiologique, on voit que la personne s’est réellement détendue [...] au niveau du visage, au niveau du sourire, au niveau de la voyance du regard, c’est ce que les travailleurs sociaux nous disent en observant. [...] Les personnes quand on les questionne vont dire « je dors mieux »donc je suis mieux reposé, donc j’ai moins de stress par rapport aux situations difficiles que j’ai au quotidien, je prends plus de recul. »

Entretien, Paris

 

 

« C’est ma référente ici qui m’avait expliqué que justement il y avait un atelier qui nous permettait de nous relaxer, de nous évader aussi, c’est pour cela que j’en ai profité. Au départ, je ne m’attendais pas à quelque chose de bien précis, mais ce que j’ai reçu m’a plu. [...] J’ai fait la réflexologie plantaire en fait, je ne connaissais pas. J’ai trouvé cela bien. C’est moi qui ait choisi la réflexologie plantaire parce que le massage je savais ce que c’était, la sophrologie, j’en avais déjà fait aussi. C’était bien, je me suis bien senti. Au niveau de l’ambiance, c’était bien parce que c’était dans un endroit où il faisait bon, une bonne température avec une bande musicale qui était apaisante aussi. Il y avait tous les bons trucs pour me relaxer en fait. [...] J’avais un peu de stress par rapport à ma situation même et c’est vrai que grâce à cela, ça m’a permis plus ou moins de m’éloigner de tout cela, de ne pas réfléchir à tout cela et de me sentir bien. Pour moi, c’était un bon moyen de penser à autre chose et de me faire du bien. »

Entretien, bénéficiaire Altaïr

 

 

« C’est un travailleur social qui m’a encouragé à faire la relaxation. C’est quelqu’un de très très bien (la psychososiologue), elle écoute. Le massage, ça fait du bien. On a essayé la sophrologie, le massage. Souérad est très intelligente, elle comprend, elle écoute et elle donne des conseils. [...] On m’a parlé de la relaxation et j’ai dit : « oui, pourquoi pas ». Je suis toujours stressé et je voulais voir ce que ça faisait. [...] J’avais besoin d’être relaxé. »

Entretien, bénéficiaire Altaïr

 

 

« Pour moi c’est très bien parce que je suis quelqu’un de très très nerveux. Depuis que je fais les massages, je dors bien. [...] ça m’apporte de pouvoir dormir bien la nuit. En plus, je fais un travail qui consiste à rester beaucoup d’heures assis dans la même position et ça me fait mal au dos. Et même si c’est qu’une fois par semaine, ça me fait du bien pour le reste de la semaine. [...] C’est un travailleur social qui m’a proposé de faire ça, « vous voulez pas faire des massages, vous êtes tellement nerveux » et j’ai dit « pourquoi pas, on peut toujours essayer ». La première fois que j’ai fait le massage, je me suis endormi complètement. Et puis j’ai continué, j’ai continué et j’aime bien, ça me relaxe. »

Entretien, bénéficiaire Altaïr

 

 

Les résultats de l’action à moyen et long terme :

 

Les personnes en situation de prostitution semblent être dans un clivage corporel (déni de leur corps). Dans cet état, elles instrumentalisent leur corps dans un processus de morcellement et de commercialisation de ses différentes parties. Les séances de modelage corporel ont donc permis aux bénéficiaires réguliers une prise de conscience globale du schéma corporel. Le processus fut ainsi inversé : prise de conscience, acceptation, réconciliation et enfin appréciation de leur dimension corporelle.

 

Ce travail de reconstruction par la dimension physique permet une reconstruction psychique : émergence de désir, connaissance de soi, estime de soi, confiance en soi. Il a été observé une (re)prise de confiance, une amélioration des capacités de communication, une meilleure connaissance de soi ainsi qu’un désir plus probant à se réaliser et à se projeter.

 

« C’est un travail pluridisciplinaire avec un regard différent, la personne a différents champs et on va travailler sur ces différents champs, la créativité, la reconstruction corporelle, le psychique, le travail sur le projet professionnel, de vie, etc. donc c’est vraiment un travail complémentaire. Ce qu’il y a d’intéressant aussi c’est que les personnes qui étaient fâchées avec le corps médical, psychologique et psychiatrique, il pouvait aussi avoir là une réconciliation. Quand on travaille en sophrologie sur un objectif, par exemple, autour de l’estime de soi, il y a une compréhension qui n’est pas profonde mais pour travailler sur l’estime de soi il faut comprendre d’où ça vient donc de l’enfance, des choses négatives qui ont été répétées. Les personnes commencent à se livrer et moi j’insiste en disant « ça serait intéressant, ne serait-ce que pour la reconstruction, de comprendre dans un premier temps ce qu’il s’est passé, comprendre pour mieux accepter et pardonner avant la guérison et pour mieux comprendre, le travail d’un psychologue est plus adapté ». Je leur explique que je ne suis pas psychologue et qu’avec moi on ne pourra pas faire le travail d’approfondissement, de compréhension et d’acceptation. Et les personnes sont beaucoup plus intéressées pour faire un réel travail d’orientation vers un psychologue. Des fois, il y a des problématiques de santé mentale qui sont réels. »

Entretien, Paris

 

 

« On avait le regard de Souérad et de l’usager. On avait une traçabilité de l’atelier du début à la fin grâce à cet échange là. Elle n’est pas entrée dans l’intimité propre des gens, elle s’adaptait au public. Pour certaines personnes, c’est un moment pour se lâcher, pour se vider. »

Entretien, acteur social, Altaïr

 

 

« Au début, je n’attendais rien de particulier, se relaxer, faire des massages, j’étais un peu curieuse aussi de voir la sophrologie, comment on pouvait travailler la détente. [...] Cela m’a apporté d’être relaxée par les massages, j’ai aussi travaillé sur la reprise de conscience de mon corps, en fait un travail entre la sophrologie et le massage. Le but était de retrouver un équilibre, une conscience déjà de mon corps, un équilibre entre mon esprit et mon corps. Cela m’a apportée plus que d’aller voir une psychologue, par exemple. Je n’avais pas besoin d’aller chez une psychologue étant donné que j’avais un rapport relativement clair par rapport à certains problèmes que j’ai pu vivre. Ça n’a rien à voir du tout, le suivi psychologique j’ai vite laissé tomber parce qu’en fait je perdais mon temps. Pour moi, ça n’a rien à voir avec le travail d’insertion sociale qui est fait ici, ça n’a rien à voir, c’est une personne qui est extérieure. [...] ça m’a aidé, je me considère en voie de guérison quelque part par rapport à des difficultés que j’ai connues qui auraient pu m’emmener dans un gouffre un peu plus profond. Donc j’étais sur un, même encore maintenant, sur un travail d’inconscient pour prendre conscience justement de cette liberté qui s’offre à moi, cette liberté d’être moi-même. Ce travail de sophrologie et de relaxation, c’est complémentaire, en fait. C’est moi qui ait débloqué mes situations mais c’est un travail complémentaire. »

Entretien, bénéficiaire – Altaïr

 

 

La difficulté majeure :

 

Cette nouvelle approche professionnelle complémentaire dans l’accompagnement des personnes à une reconstruction individuelle et sociale a été considérée difficilement par les référents sociaux au démarrage de l’atelier. L’animatrice psychosociologue a défini et redéfini à plusieurs reprises les objectifs de cette mise en oeuvre auprès des acteurs sociaux des structures partenaires pour arriver à faire accepter sa démarche comme complémentaire d’un travail de construction de l’individu. Il a connu un réel succès, par la suite, lorsque les référents sociaux ont pris conscience de l’apport professionnel d’une telle activité et de sa complémentarité dans la démarche globale du travail social.

 

« On reçoit des personnes très très fragiles psychologiquement et des personnes qui ont subies certaines violences psychiques mais physiques aussi. Et je pense que l’atelier relaxation avait tout à fait sa place dans l’accompagnement des personnes qui ont recours à la prostitution et qui sont victimes de maltraitance. L’atelier relaxation permettait à ces personnes là de se retrouver face à elle-même, face à leur corps. C’est une manière de faire la paix avec soi-même, de se rapprocher de ce corps parfois détruit et parfois même mal aimé, maltraité, un corps des fois négligé. »

Entretien, éducatrice spécialisée, ADN – Paris

 

 

Visualiser un extrait du film D’un monde à un autre :

mov L’atelier relaxation : entretien

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier culturel et artistique

 

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L’atelier, animé par une éducatrice spécialisée de l’Amicale du nid Paris chaque semaine durant la période de l’action 2 du projet, s’inscrivait dans la lutte contre l’exclusion définie par la loi de 1998 qui souligne le droit à l’égalité des chances par l’éducation et l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture. Il visait aussi l’objectif général de l’association, celui de la médiation d’activités culturelles et artistiques. Il a constitué un réel facteur de socialisation et de reconnaissance pour les personnes en situation d’exclusion.

 

 

L’atelier comprenait deux volets :

 

  • L’art au musée pour tous: visites accompagnées d’espaces artistiques et culturels

  • Nuances : atelier d’expression et de création en arts plastiques

 

 

Les constats préalables à la réalisation de l’atelier :

 

  • Une problématique identitaire en lien avec une dévalorisation de l’image de soi et une perte de l’estime de soi

  • Une souffrance peu ou mal exprimée en face à face (référent social / bénéficiaire)

  • La conviction de ne rien savoir faire d’autre que la prostitution

  • En dehors de la sphère prostitutionnelle, une difficulté à envisager d’autres activités, d’autres relations ou centres d’intérêts

  • Une désertion des lieux et activités culturelles

  • La nécessité pour certains d’une transition vers une insertion progressive

  • L’absence d’activités revalorisantes pour les personnes en situation irrégulière

 

Cela prend en compte la dimension culturelle et les potentialités artistiques de chacun pour faciliter l’insertion dans l’espace social.

 

 

L’art au musée pour tous :

 

Ce volet de l’atelier est né du constat que parmi les personnes accueillies dans les services sociaux des structures partenaires, rares sont celles qui osent franchir le seuil d’espaces artistiques et culturels. Il se proposait donc de faciliter l’accès de ces espaces aux bénéficiaires généralement exclus du champ culturel et artistique et de leur offrir des moments de détente et de loisirs. L’animatrice de l’atelier qui est Relais du Louvre et formée à la médiation par Cultures du Cœur, a servi d’interface entre le public rencontré et les institutions culturelles.

 

 

Les objectifs :

 

  • Une valorisation de la personne grâce à l’accès à des lieux prestigieux comme le Louvre, partenaire dans cette action

  • Une reconnaissance de l’individu dans sa dimension culturelle et artistique

  • L’inscription dans une citoyenneté par le droit pour tous à la culture, y compris les plus démunis.

 

 

Les visites accompagnées individuelles :

 

Le Relais du Louvre préparait la visite avec le bénéficiaire. Formé par les Rencontres du Louvre, le Relais proposait un accompagnement individualisé et prenait en compte les désirs du « visiteur » ainsi que ses possibilités selon son état de santé et son âge. Il invitait chaque bénéficiaire à découvrir puis à se familiariser et à s’approprier le lieu, les œuvres, à les appréhender aussi avec sa sensibilité, son histoire et sa culture.

 

 

Les invitations du Louvre :

 

Les personnes accueillies dans les services des structures partenaires sont en difficultés sociales et financières. La gratuité peut être demandée en billetterie par les personnes percevant le RMI et/ou l’allocation adulte handicapé, sur présentation d’un justificatif. Mais le Louvre peut aussi délivrer des invitations pour son public à la demande du Relais, invitations précieuses pour les bénéficiaires car elles ne portent pas le stigmate de leur situation : l’invité n’a pas à faire état de sa situation administrative et sociale. Ainsi, être l’invité de ce musée prestigieux et y être accompagné pour sa visite sont des actions concrètes qui participent à la revalorisation de la personne.

 

 

Les visites en groupe :

 

Le Musée de l’Homme a proposé au Relais la possibilité d’organiser une visite autour de l’exposition Naissances, un parcours historique et culturel autour de ce thème. D’autres musées ont aussi ouverts leurs portes aux bénéficiaires : le musée d’Orsay, le musée de l’Orangerie, le centre Pompidou, le musée du quai Branly…

 

 

« Une jeune femme nigérienne essayait de reproduire à partir de cartes postales, elle disait qu’elle n’y arrivait pas, que ce qu’elle faisait était toujours moins bien que la voisine. Et ça a changé le jour où elle est allée voir au Centre Pompidou Les Nymphéas de Monet mais repris par une artiste américaine. Et là, tout d’un coup, elle s’est rendue compte que ça pouvait être de l’art même si c’était abstrait, même si c’était une autre façon de travailler Les Nymphéas. Et, du coup, elle a pu faire ce tableau tranquillement sans avoir le souci de la reproduction fidèle et le regard des autres. Elles ont toutes, quel que soit la culture d’où elles viennent, quel que soit le degrés de culture qu’elles peuvent avoir, elles ont toutes quelque chose à dire, elles disent toutes quelque chose sur ce qu’elle voit. Ca fait échos. Mes collègues disaient que ça touchaient sûrement à l’intime, au culturel, et que, du coup, elles disaient : « notre regard sur elles doit changer aussi parce que ce n’est pas à travers une demande de logement ou de travail, là ce n’est pas un regard sur leurs manques ou sur leurs failles, c’est un regard sur ce qu’elles ont de plus authentiques en elles ». Tout le monde a quelque chose à dire sur des oeuvres d’art ou sur des traces du passé. C’est une offre complémentaire qui va dans le même sens que le travail qui est fait par ailleurs, ce n’est pas du tout opposé. Il va dans le même sens de participer à la réinsertion ou à l’insertion sociale d’une personne. »

Entretien, ADN Paris

 

 

« Des fois, nous avons des sorties organisées, c’est bien. Ça fait une sortie et puis, au moins, avec des gens cultivés. »

Entretien bénéficiaire, ADN – Paris

 

Nuances :

 

Il a été animé par deux éducatrices de l’Amicale du nid Paris, dont l’une a une formation à l’art thérapie. Atelier mené sur une longue durée avec des rencontres hebdomadaires, les bénéficiaires pouvaient intégrer le groupe à tout moment. Souvent orientés par les référents sociaux, ces derniers pouvaient les accompagner lors du premier contact.

 

 

Les objectifs de cet atelier :

 

  • Proposer un espace d’expression et de création personnelles dans un contexte collectif

  • Participer à la restauration de l’image de soi allant dans le sens d’une renarcissisation

  • Faciliter le tissage de liens relationnels autour d’une activité valorisée qui permet l’émergence d’un sentiment d’appartenance positive à un groupe

  • Permettre une réappropriation du corps en tant que corps efficace

  • Créer un espace convivial de détente et de loisirs

  • Participer au travail d’une problématique identitaire

  • Poser des repères

  • Rompre avec la solitude et le milieu prostitutionnel

 

 

L’originalité de cet atelier était de proposer des techniques faciles d’accès et ludiques, aux résultats rapides et esthétiques (peinture à la cuve ou marbeline, peinture à la colle), qui ne demandent pas la maîtrise du trait, ni de savoir peindre. Les oeuvres produites grâce à ces techniques accessibles redonnent confiance aux participants et déclenchent des envies d’explorer d’autres techniques.

 

« Elles n’ont pas besoin de savoir dessiner pour faire cela, c’est vraiment une technique qui donne des résultats esthétiques très intéressants rapidement sans qu’on apprenne pendant des mois et des mois. C’est une méthode d’impression dans un bain préparé, on jette des couleurs et on travaille un petit peu à la surface et on imprime. Il y a un côté magique, il y a une part de hasard, [...] du coup, il y a un effet de surprise, elle se rend compte qu’elle est capable de faire des choses « c’est moi qui ai fait ça » combien de fois je l’ai entendu. Et, du coup, effectivement, elles peuvent le montrer, ce n’est pas comme un dessin, une reproduction où on est confronté à la fidélité des traits, là pas du tout et donc beaucoup ont choisi des peintures comme ça. Elles pouvaient le montrer aux amis, à la famille et ils disaient « c’est toi qui a fait ça? Oui, c’est moi qui ai fait ça » ».

Entretien, ADN Paris

 

 

« Je n’étais pas bien, y’a une copine qui m’a montré cette association, j’ai été voir, ils m’ont proposé de faire Nuances, comme ils ont vu que j’avais le moral à zéro. J’étais d’accord. Avec la peinture, on voit les couleurs, pas que le noir. J’ai commencé par la peinture à la cuve. J’ai mélangé les couleurs et il est sorti un dinosaure bleu, un peu de rouge. J’ai pris un peu goût à la peinture, on bavarde un peu. A certain moment, y’a le silence total, à certain moment, on échange des mots. On a fait des sorties au musée et là, j’ai pris goût à la vie. »

Entretien, bénéficiaire

 

 

« J’ai découvert la peinture acrylique, à la cuve, un peu le fusain. J’aime bien l’acrylique, elle est brillante, y’a pas mal de couleurs, c’est facile de faire les mélanges. Je fais aussi du pastel gras et sec. Pour moi, ça a été un tremplin, je pensais être capable de peindre, ça m’a permis de me lâcher dans la peinture, de voir de quoi j’étais capable. J’ai même envie d’en faire mon métier par la suite, de faire des expos. »

Entretien, bénéficiaire.

 

 

« J’ai toujours été active, alors comme j’ai l’occasion de faire ça, ça m’apporte une certaine évasion, à ne pas rester à se morfondre en se disant « tu ne vaux plus rien». [...] Les gens ne se posent pas de questions, nous sommes là pour travailler, c’est tout. C’est ça qu’est bien, je vais pas leur demander « qu’est-ce que tu fais ici et là », ça ne me regarde pas, et c’est ce qui est super. [...] Nous sommes tous là pour travailler, tout le monde est content qu’on travaille. [...] Quand on arrive, on ne sait pas quoi faire. Comme disent les artistes, on n’a pas l’inspiration. Et une fois qu’on est lancé, la dernière heure, on ne la voit pas passer et c’est quand on arrive à la fin, qu’on continuerait encore. On ne voit pas les heures passer. [...] Déjà, ça me fait du bien pour mon moral, en tout cas, les gens sont sympas. Ça permet de s’évader. [...] Quand on a des problèmes, au moins pendant deux heures, on ne pense pas à ces problèmes. Ça permet de se dire à soi-même que l’on vaut quelque chose. Quand les gens viennent, ils sont contents de venir et quand ils partent, ils sont contents de leur travail. »

Entretien, bénéficiaire, ADN – Paris

 

 

L’exposition :

 

Une exposition des oeuvres des bénéficiaires a été réalisée en collaboration avec l’atelier photo en 2007. Les bénéficiaires ont sélectionné leurs productions et avaient dressé la liste de leurs invités pour cette manifestation publique.

 

« Ce qui a été intéressant, [...] si elles avaient des dessins, des tableaux, qu’elles avaient plongées dans la cuve, il leur arrivait d’emmener une amie pour leur montrer ce qu’elles avaient fait. Donc sûrement, que c’est très valorisant et l’exposition a été très valorisante. »

Entretien, ADN Paris

 

 

« J’étais contente parce qu’il y a des gens qui se sont penchés sur mes peintures pour la première fois, ça fait plaisir. [...]« 

Entretien bénéficiaire ADN Paris

 

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L’atelier photo à Paris

 

L’atelier a été animé par une infirmière de l’Amicale du nid – Intermède Paris et par une photoreporter. Sur une période longue, les séances d’atelier ont été réalisées de manière hebdomadaire pendant 4 heures. L’utilisation d’une expression artistique comme la photographie permettait aux personnes en situation de prostitution de retrouver une certaine estime de soi. La photographie est apparue comme un vecteur adéquat, complémentaire voir illustratif des histoires et trajectoires de vie, thématique centrale du projet Equal. En tant que media, la photo proposait aussi aux personnes, a travers le choix de thématiques, de faire intervenir leur propre vécu et leurs envies. Le parcours personnel de chacun a été déterminant lors de la prise de vue. La création personnelle a permis une certaine affirmation de soi. Les échanges et les interactions dans le groupe favorisèrent la communication, la personne pouvant réintégrer du lien social. L’atelier avait pour objectif final de permettre aux personnes d’être accompagnées dans un processus de revalorisation personnelle en mettant en valeur leur savoir-faire, leurs compétences et leurs connaissances. C’est aussi la possibilité de travailler sur la notion de temporalité, laquelle est particulièrement perturbée chez les personnes victimes de la traite.

 

« En tant qu’infirmière, je me suis rapidement rendu compte que les personnes tu peux leur dire « il faut prendre soin de toi » pour les personnes c’est pas du tout aussi simple, à partir du moment où la personne a une image dévalorisée de soi, ça devient compliqué de prendre soin de soi, donc on a beau mettre tout en oeuvre, faire des liens et des partenariats avec des médecins, c’est pas aussi simple. L’idée était de trouver un moyen un peu différent pour que les personnes s’intéressent un peu plus à elle, qu’elles se mettent plus en valeur. La photographie est un moyen artistique pour ouvrir des portes différentes en sachant que moi j’allais faire le pont étant infirmière à Intermède rencontrant les personnes le soir et à l’atelier. »

Entretien, ADN – Paris

 

 

« Avec Diane, ils allaient parler plutôt de questions d’ordre général, où on sort en extérieur avec des conseils de photographe. Elle leur a permis de se tourner vers l’extérieur, de leur donner confiance, elle les boostait des fois de manière énergique, ce qu’ils n’ont pas l’habitude avec les travailleurs sociaux, ils prennent plus de gants, mais c’est cette Diane très dynamique justement qui leur a servi parce qu’elle disait « allez faut y aller, la personne si tu veux la prendre en photo c’est maintenant ou jamais », un côté plus rentre dedans, en fait. [...] Elle parlait d’égal à égal, moi je vois ça comme un plus. [...] ce sont des personnes qui ont une force de caractère, qui ont beaucoup d’expériences derrière eux et qui n’ont pas forcément besoin d’être pris avec des pincettes. »

Entretien, ADN -Paris

 

L’organisation :

 

  • Accueil des personnes

  • Distribution des travaux photo de la semaine précédente

  • Discussion/échange autour d’un café sur le rendu et sur les reportages mais aussi sur les situations personnelles de chacun

  • Choix du lieu de prise de vue

  • Déplacement dans Paris et shooting

  • Récupération des pellicules et appareils

 

« L’idée était de se rencontrer toutes les semaines avec les personnes pour aller dans Paris, être en groupe, le côté collectif de la chose et, ensuite, pour celles qui étaient bien impliquées, d’avoir une perspective de projet pour elle-même, un travail individuel sur un sujet de leur choix. [...] L’atelier, c’était de leur montrer qu’ils étaient tout à fait capables de mener un projet à bien et notamment un projet d’ordre personnel.»

Entretien, ADN – Paris

 

 

Les résultats d’une reconstruction sociale :

 

Au fur et à mesure de l’évolution de cet atelier, les choix des lieux de prise de vue se sont affinés, devenant de moins en moins « touristiques ». Le fait que les personnes aient progressé dans l’élaboration de leur reportage personnel a favorisé l’utilisation de la photographie comme un moyen d’expression à part entière et non plus seulement comme une retranscription d’une certaine esthétique. Lors des déplacements dans Paris, les bénéficiaires sont devenus de plus en plus confiants, n’ont plus hésité à prendre la parole et à ouvrir la communication avec les passants qui étaient, la plupart du temps, réceptifs aux échanges.

 

« Quand j’avais 8 ans, j’ai développé des photos à la Maison des Jeunes et j’ai dit pourquoi pas. J’ai vu Christelle, j’ai vu un local, un grand local, elle a sorti les appareils, elle nous a expliqué comment ça fonctionnait et c’était parti. On a fait connaissance, on est parti aux Buttes Chaumont, on a fait des photos là-bas. Chacun a son oeil, il vise les choses. Cela m’a apporté de connaître les gens. J’étais déprimée depuis 4 ans, je ne sortais pas de chez moi. Avec la photo, je me suis rapprochée des gens. Au début, mes photos étaient prises de trop loin. On parle avec les gens, on bouge. Avant, c’était comme si j’étais dans une coquille, le temps s’était arrêté. La première expo que j’ai faite en noir et blanc, il y avait beaucoup de monde, il y avait une photographe professionnelle, elle a vu un de mes portraits, elle m’a félicitée, c’était un grand plaisir. J’étais très contente, ça remonte le moral. »

Entretien, bénéficiaire

 

 

« Une fois, on est sorti, on est allé à Montmartre. On a pris des photos, c’était bien. Y’avait une ambiance, on est allé boire un café à Montmartre, comme des touristes. On était sept ou huit. C’était bien pour moi, ça m’a fait du bien. On avait tous des appareils comme si on était des journalistes. C’était bien, on prenait des photos. »

Entretien, bénéficiaire Altaïr

 

 

L’exemple d’un travail de sociabilité réussie :

 

Certains bénéficiaires ont proposé de photographier les tentes installées le long du canal Saint-Martin par l’association « les enfants de Don Quichotte », sujet d’actualité de la fin de l’année 2006. Les bénéficiaires « photographes », avec leur appareil photo autour du cou, ont su installer le dialogue avec les Sans Domicile Fixe, échangeant leurs expériences personnelles. Cette sortie a été vécue par les bénéficiaires comme un moment fort de l’atelier, les photos qui en sont ressorties sont particulièrement touchantes.

 

 

La transmission d’un savoir-faire :

 

L’atelier qui est resté ouvert tout au long de son existence à de nouveaux participants a favorisé le lien social entre ceux qui avaient acquis une aisance technique de la photographie et une certaine autonomie dans la pratique et les nouveaux arrivants. Ces derniers étaient pris en charge par les anciens et pouvaient bénéficier de leur savoir-faire qu’ils aimaient transmettre.

 

 

Le reportage photo :

 

Il est une réalisation individuelle et complémentaire aux séances hebdomadaires de l’atelier. Il a demandé un travail régulier, approfondi et réfléchi de la part des participants par l’élaboration d’un projet de reportage et par sa réalisation qui impliquait plusieurs séances de prise de vues (au moins 7). Il s’agissait d’une construction d’un reportage du choix du sujet jusqu’à l’editing final. Il a donc supposé une implication certaine, une capacité à se projeter et un travail régulier sur du long terme pour les bénéficiaires intéressés. Il permettait essentiellement l’inscription dans un processus structurant dans le temps, moyen indispensable à la reconstruction identitaire et sociale.

 

 

Les étapes du travail d’un reportage photographique :

 

  • Le choix du sujet : une réflexion sur les désirs et les souhaits personnels des bénéficiaires en lien avec leur trajectoire

  • La mise en place du sujet : apprentissage des techniques de base en photographie, recherche des lieux et des prises de contacts nécessaires

  • Le reportage en lui-même : construction de sujet avec une démarche vers l’extérieur, la prise de note des éléments essentiels (lieu, date…) et l’editing, c’est-à-dire le choix des meilleures photographies

  • L’exposition : travail de préparation pour trouver le lieu, définir l’accrochage des cadres, déterminer la sensibilisation du public pour venir à l’exposition

 

« Moi, comme j’étais dans l’alcool, j’ai choisi ce sujet de reportage. Je me suis organisée avec Diane à la mairie du 18ème. J’ai pris des photos d’adolescents d’une association faisant une campagne de sensibilisation sur l’alcoolisme, j’ai pris des photos. Une autre association où les gens sont sur le chemin de sortie, ils font la chorale, je les ai pris en photo. J’ai perdu assez de temps avec l’alcool. C’est pourquoi j’ai choisi ce reportage. Un témoignage pour les autres et c’est une page que je vais tourner. J’étais dans le noir total. »

Entretien, bénéficiaire.

 

 

Le reportage photo de Jessenia
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Le reportage photo dAmel
Album : Le reportage photo d'Amel

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Le reportage photo de Patricia
Album : Le reportage photo de Patricia

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Le reportage photo de Germaine
Album : Le reportage photo de Germaine

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Le reportage photo de Jérôme et Mouss
Album : Le reportage photo de Jérôme et Mouss

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Le reportage photo de Marie-Angèle
Album : Le reportage photo de Marie-Angèle

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Les balades parisiennes et Portraits en Noir et Blanc :

 

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Plusieurs expositions publiques se sont tenues afin de donner à voir les productions photographiques des bénéficiaires. La balade parisienne 1 et la balade parisienne 2 sont des produits publics résultant du travail photographique dans les rues de Paris. L’exposition Portrait en noir et blanc est le résultat d’une série de photos prises pendant deux journées à l’espace Crimée qui, à cette occasion, s’était transformé en studio photographique avec la présence de maquilleuses professionnelles. Une quarantaine de personnes ont été photographiées (travailleurs sociaux, usagers des associations Amicale du Nid et Altair et participants à l’atelier photo). L’idée était d’apprivoiser pour les « photographes » le rapport à leur propre image en passant cette fois devant l’objectif. Ils ont aussi photographié des travailleurs sociaux ce qui leur a permis d’inverser les rôles et de valoriser leur savoir-faire auprès de ceux qui, d’habitude, tiennent un rôle éducatif et social avec eux. Une centaine de personnes sont venues à cette occasion, dont de nombreuses personnes extérieures au milieu associatif et social (photographes professionnels et journalistes).

 

 

La balade parisienne 1
Album : La balade parisienne 1

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Les autres réalisations :

 

  • Une prise de vue à la DASES en septembre 2006 lors d’une réunion du comité européen Equal

  • Une prise de vue des oeuvres de l’atelier Nuances

  • Une sélection de photos pour illustrer les cartes de vœux 2007 de l’Amicale du nid

  • Présentation de l’exposition «balades parisiennes» au cours de la journée anniversaire des 60 ans de l’Amicale du nid au théâtre de Clichy le 23 novembre 2006

  • Présentation de l’exposition «Portraits en Noir et Blanc» dans le cadre du festival «zone fertile» à Nantes les 4-5-6 mai 2007

  • Participation des personnes de l’atelier photo au tournage du film D’un monde à un autre

 

 

Les articles de presse :

  • Article paru sur l’atelier photo et l’exposition «Balades parisiennes» dans le magazine «Regards» du mois de mars 2007

pdf Première page de l’article dans « Regards »

pdf Deuxième page de l’article dans « Regards »

 

  • Article paru le 20 avril 2007 dans le quotidien «Libération» portant sur l’atelier photo et l’exposition «Portraits en Noir et Blanc»

pdf Première page de l’article dans « Libération »

pdf Deuxième page de l’article dans « Libération »

 

 

Visualiser un extrait du film D’un monde à un autre :

mov l’atelier photo : entretien

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier photo à Montpellier

 

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L’organisation :

 

L’atelier a été construit autour du thème « sur mon chemin : d’où je viens, où je suis, où j’aimerais aller ». Les bénéficiaires participants à cet atelier ont pris des clichés dans la ville de Montpellier et de ses environs en tentant de rendre compte de leur parcours personnel en quelques photos. Ces photos racontèrent à leur façon la vie de chacun : photos en extérieur, photos montage… Certains bénéficiaires évoluaient seul sans accompagnement, d’autres sortaient dans les rues en groupe… Le travail a donc évolué différemment d’une personne à une autre sur les deux mois d’activité. Ils ont bénéficié en amont et en aval de l’accompagnement d’une professionnelle de la photographie qui a jeté les bases techniques photographiques et qui a utilisé son laboratoire pour le développement des photos. Ils ont été aussi suivis par deux étudiantes en école de photographie qui ont joué les rôles d’accompagnatrices dans la ville, de conseillères techniques et artistique.

 

 

 

L’exposition publique :

 

Après un travail de retouches sur ordinateur, les photos sélectionnées par les « bénéficiaires photographes » ont été développées et encadrées à l’occasion d’expositions publiques. L’évènement public, en lui-même, reste un moment que les bénéficiaires ont particulièrement apprécié car il a été l’instant de renarcissisation, de valorisation de soi, de reconnaissance de soi par les autres. La relation à l’autre dans ce temps non ordinaire et dans un espace public neutre est une relation vécue comme précieuse, émouvante, bénéfique, positive. Selon les témoignages recueillis auprès des bénéficiaires, les temps publics sont les temps les plus marquants de l’expérience, les plus chargés en émotivité et les plus constructifs au niveau de la valorisation personnelle, d’une part, et de la valorisation sociale, d’autre part. Les félicitations des visiteurs amateurs et/ou professionnels de la photo ont rendu aux participants une partie d’estime.

 

« Je me suis aperçue, tout compte fait, dans le choix des photos, que c’était un regard du vécu, des choses qui rappellent soit l’enfance, soit un désarroi, soit une joie et c’était super. C’était génial quoi! Et que ces photos voyagent, qu’elles soient exposées, ça fait du bien, ça fait plaisir. Je n’ai pas signé mes photos mais je sais que c’est moi qui les ai faites. Dans l’exposition qu’on avait fait au Corum, des professionnels de la photo, des vrais photographes qui cherchent « qui est la personne qui a fait telle photo ? » et qui vous félicitent, c’est encourageant ».

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Les photos sont plus que des mots. [...] La photographie est un bon moyen de communiquer et ils ont très bien su le faire à leur manière avec leur regard. [...] Ils étaient à fond dans le projet, on l’a bien ressenti et il y a eu de très beaux résultats. On a été vraiment bloeufé à l’exposition qui a eu lieu au Corum. »

Entretien, animatrice, Montpellier

 

 

« Il y a eu beaucoup de monde, beaucoup de personnes ont apprécié leurs travaux. Il y a eu beaucoup d’émotions, moi c’est ce que j’ai retenu. [...] Les bénéficiaires avaient été doués dans leur démarche, comme quoi il y avait beaucoup d’émotions ressenties dans leurs photos. Ce que j’ai trouvé intéressant dans l’exposition, c’est qu’on voyait vraiment que chacun de leur regard était complètement différent, leur histoire était différente, leur approche était différente, il n’y avait pas du tout du copier coller, c’était vraiment une démarche personnelle et c’est assez rare quand on commence ».

Entretien, animatrice, Montpellier

 

 

 

Latelier photo à Montpellier
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L’atelier radio

 

 

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L’organisation :

 

L’atelier a été construit sur une organisation intensive du temps, concentré sur une semaine, afin de préserver une attention et une motivation régulières des participants. Des moments clés, préalablement repérés, ont donné l’ossature de l’emploi du temps de la semaine de travail afin d’éviter les éventuelles périodes creuses qui pouvaient démobiliser les participants. Ce type d’organisation a donc permis de garder l’attention de tous sans relâchement.

 

« Ils ont travaillé très très intensément pendant une semaine sans discontinuité, une semaine sportive et les questions qui étaient posées touchaient bien à des expériences de vie »

Entretien – ADN Montpellier

 

 

« … pendant cet atelier là qui a duré une semaine et qui était intensif, vraiment on a réussi aussi ce pari, on parle de rapport au temps, pendant une semaine ils ont été présents, on a eu un abandon ou deux mais n’empêche que les gens étaient là, un peu en retard de temps en temps mais là. »

Entretien – ADN Montpellier

 

 

L’atelier radio a été mis en place dans les locaux de la Babotte selon la disponibilité des salles de travail. Deux intervenants extérieurs à la Babotte se sont impliqués dans cet atelier : un journaliste et un éducateur – technicien ont donc cadré l’atelier et amené un savoir-faire.

 

« Cet atelier en fait c’était écrire son histoire de vie mais en résumé, en quelques lignes, et ensuite l’enregistrer de manière orale [...] là les professionnels qui ont recueilli cette parole, ils ont été formidables parce qu’ils ont su le faire, et ils ont su le montrer aussi, comment on recueille une parole au-delà du récit [...] qu’on peut aller plus loin si on était dans l’écoute et pas uniquement dans le recueil, ça c’était important. Ils ont fait très fort là-dessus pour l’atelier radio. »

Entretien – ADN Montpellier

 

 

Après une première séance de travail qui a consisté à présenter le thème de l’émission et à dégager des sous-thèmes abordés par les participants par l’outil du récit de vie personnel, des séances d’écriture faites individuellement ont permis de recueillir un récit écrit. Les intervenants se chargeaient de cadrer les textes au niveau de leur forme et les discours au niveau de leur construction pour que le produit écrit final soit « diffusable » ; ils s’attachaient donc à respecter le contenu des textes (les idées, le vocabulaire, les façons de dire…). Les textes, une fois retouchés, ont été répétés par les participants afin d’obtenir une bonne diction avant la séance d’enregistrement dans un studio mis à la disposition de la Babotte. Les deux intervenants, journaliste et éducateur – technicien, se sont chargés du montage et du mixage. Parallèlement à ce travail écrit et enregistré, un enregistrement en extérieur a été effectué auprès d’une jeune fille, chanteuse, dans un café de Montpellier. Les participants, à cette occasion, étaient devenus les intervieweurs (questions préparées) et non plus les interviewés comme ils ont l’habitude de l’être. Ce travail leur permis de changer de place et donc de représentation d’eux-mêmes. Le thème abordé était le même : le chemin parcouru. D’autres prises de son ont été réalisées dans le tramway ainsi que des paroles écrites le matin, sorte de rajouts destinés à donner le rythme pour rendre un contenu radio plus dynamique.

 

« Je pense, avec le recul, que ça a été le meilleur des trois ateliers. Tant au niveau de la production mais de ce qui s’est passé pendant ce temps. »

Entretien ADN – Montpellier

 

 

L’émission radio :

 

L’émission montée et enregistrée a donné lieu à une diffusion publique au Corum de Montpellier. Des invités ont eu l’opportunité d’écouter l’émission radio avec la présence des participants, ce qui a permis un échange en questions/réponses après la diffusion. L’émission a aussi été diffusée sur d’autres radios et le disque a été distribué dans les institutions concernées par la problématique de la prostitution.

 

« On a assisté à cette émission publique, donc il y avait toutes sortes de personnalité dont l’adjointe du quartier, il y avait une cinquantaine de personnes à peu près, 50 à 60, dans une grande salle, c’était pas du tout ici, ce n’était pas dans un cocon. Donc, c’est vrai que ce n’était pas gagné d’avance, qu’ils arrivent à aborder des choses qui sont quand même bien de l’ordre de l’intimité. Face à une salle, ils ont été remarquables, mais vraiment remarquables, ça avait de la tenue, ils n’ont pas été gênés par les questions. »

Entretien – ADN Montpellier

 

 

 

Diffusion de l’émission radio à l’occasion du séminaire final à Montpellier le 20 juin 2008

 

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L’atelier théâtre

 

L’organisation :

 

L’atelier théâtre a connu une organisation particulière où il a été proposé des journées de travail intensives, soit deux journées par semaine durant plusieurs week-ends. Il a été animé par deux professionnels du théâtre dans les locaux de La jetée, théâtre de Montpellier. Autour du thème « sur mon chemin », les bénéficiaires ont tout d’abord pris des cours de diction puis se sont confrontés à l’écriture de leur propre histoire pour construire la pièce. La mise en forme des récits de vie a été réalisée autour de jeux théâtraux.

 

 

Construction de lien social :

 

L’organisation intensive de l’atelier a donné l’occasion aux bénéficiaires et aux encadrants de tisser des liens différents de ceux existants au sein de la structure d’accueil. D’un côté, les bénéficiaires ont pris connaissance des difficultés vécues par les autres, ce qui leur a permis de relativiser, pour certains, le degré de gravité de leur propre situation sociale. C’est aussi une forme de solidarité et de dynamique de groupe qui a permis d’aboutir jusqu’à la représentation finale. D’un autre côté, c’est une relation particulière qui s’est installée entre les bénéficiaires et les acteurs sociaux présents à l’encadrement de l’atelier par la dimension « extraordinaire » de l’échange, notamment au moment des déjeuners collectifs. La relation référent/bénéficiaire laissait place à une relation plus neutre et spontanée.

 

« ça a été une bonne expérience pour moi parce que j’ai aimé ce moment-là, parce que quand j’y suis allée, j’y suis allée avec envie, c’est vrai aussi que ce qui était bien c’est qu’après la matinée de théâtre, on partageait un repas et puis on reprenait à deux heures, un moment de détente, on partageait un repas ensemble, on discutait. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Avec les autres filles, on s’est rapprochée par rapport à l’atelier théâtre parce qu’on ne se connaissait pas vraiment »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« C’était un lieu fermé où on était entre nous, on pouvait rigoler, on pouvait faire un peu les folles, les fous, on était bien accueilli en plus par la personne du théâtre. [...] Au niveau de l’organisation, c’était vraiment bien, c’était cool, c’était détendu, ils nous ont offerts les repas, on a vachement bien mangé, on a bu, on a ri, ce n’est pas tous les jours!».

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« On était contente pour une fois de faire quelque chose ensemble, je pense que le groupe a très bien fonctionné »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

«Cela m’a permise d’être ailleurs, d’être dans le même bain, l’histoire. Le vécu des uns et des autres était notre bain mais d’être à plusieurs et de la dire, y’a un écho, on n’est pas seul, c’était super [...] Cela fait développer et ça fait connaître un peu la face cachée. Moi, je pense que c’était une expérience humaine avant tout, humaine, poignante dans le vécu de chacun ».

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

La représentation théâtrale et ses fonctions :

 

Une représentation publique a été donnée devant une centaine de personnes invitées par les acteurs sociaux de la Babotte et par les bénéficiaires. Tout comme l’atelier radio et photo, la représentation théâtrale en tant que manifestation publique, espace et temps de témoignage, a été l’ultime étape d’un travail sur la reconstruction individuelle et sociale. Cette représentation n’avait pas été réellement programmée pour des questions d’organisation (temps trop court) et des questions d’incertitude concernant les bénéficiaires sur la manière de gérer un tel contenu théâtral devant un public. Finalement, c’est la répétition générale qui a fait office de représentation mais jusqu’à la dernière minute, les animateurs se sont questionnés sur la difficulté des bénéficiaires à jouer sur scène face à un public. La performance a été particulièrement appréciée, tout comme celle de la photographie. Le « donner à voir » a eu un impact significatif auprès du public et auprès des partenaires institutionnels locaux.

 

« Il n’y a pas eu de représentation parce que le temps était fini. On a fait une générale qui était une représentation en réalité. [...] Aussi, la question de donner un peu de sécurité aux gens, s’exhiber devant un public, ce n’était pas un truc qui les mettait hyper à l’aise, donc il a fallu rassurer sur la composition du public en expliquant que c’était soi des gens de nos familles qui savent très bien ce qu’on fait et où on bosse, soit des institutionnels qui savent qui on est et ce qu’on fait. »

Entretien, acteur social, Montpellier

 

 

Pour certains bénéficiaires, l’atelier théâtre a été perçu comme une thérapie, la représentation publique étant l’aboutissement du « parcours thérapeutique ». Une perception proche du champ lexical de la guérison qui s’explique par le fait que le théâtre a réveillé le passé et qu’il a été raconté à voix haute et distincte devant un public à l’écoute. Mais il faut distinguer ici deux formes de thérapie, la première étant celle qui soigne le corps social par les techniques théâtrales (parler haut, parler fort, s’imposer, maîtriser l’espace…) et qui aide la reconstruction sociale et la deuxième qui s’occupe des blessures psychologiques (travail sur l’histoire de vie), soit une forme de psychothérapie et qui permet, par la suite, de se tourner vers l’avenir.

 

« C’est une thérapie, une thérapie pour nous aider à sortir tout ce qu’on a emmagasiné, tout ce qu’on a à l’intérieur de nous, le bon, le mauvais. Ce que j’en ai ressorti c’est de pouvoir exprimer ce que j’ai fait, pourquoi je me suis battue, pourquoi je suis tombée dans la prostitution. J’ai pu l’exprimer dans ce projet théâtre. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Je suis plus sûre de moi. C’est vrai que je me suis sentie plus affirmative dans ma personnalité, c’est vrai que je m’affirme mieux, j’ai moins le trac. Je pense que c’est une bonne thérapie pour les démarches d’emploi, pour la vie professionnelle, même si ça a été court, ça a été une bonne démarche. [...] J’ai appris la respiration aussi, à pouvoir respirer avant de dire un texte. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« L’atelier théâtre, c’était très intéressant, c’était très bien, la représentation, c’était un moment très émouvant, même pour moi qui ai suivi l’affaire dès le début. [...] C’était aussi quelque chose d’important pour les gens, on s’est rendu compte, mais ça on ne le soupçonnait pas en tout cas au début, on s’est rendu compte après que ça avait plus l’allure d’une psychothérapie sauvage pour les gens dans la mesure où on s’est rendu compte que les gens voulaient rejouer la même pièce. »

Entretien, acteur social, Montpellier

 

 

« C’est un peu un moyen de s’exprimer, de dire ce qu’on a au fond de soi, d’évoluer un peu. [...] Elle nous a appris à ne pas avoir honte, ne serait-ce que par rapport au public, le fait de communiquer, de ne pas avoir peur.»

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Je me suis sentie un peu plus vivre, je sais que maintenant je peux faire les choses. [...] Cela m’a fait oublier beaucoup de choses en fait, les soucis. Quand j’allais au théâtre, c’était le théâtre, je ne pensais à rien d’autre. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Tous ces gens-là, au moment où ils s’inscrivent là-dedans, se cherchent. Ils cherchent la sortie, ils cherchent, ils se sentent bien, ils sentent que ça leur fait du bien donc ils viennent [...] C’est tellement long comme chemin, les allers-retours peuvent être multiples et c’est certainement les personnes qui commencent à fermer le plus la porte [de la prostitution] qui sont les plus indécis, les plus investis et qui ont envie que le truc donne quelque chose. »

Entretien, Montpellier

 

 

Au-delà de cette perception thérapeutique que certains bénéficiaires ont exprimée, la notion de témoignage était pour tous un facteur déterminant dans le choix de participer à un des ateliers sur Montpellier, démarche qui se devait d’aboutir à une représentation publique pour réaliser leur témoignage et être écouté.

 

« Parler de ma transsexualité et montrer qu’on n’est pas des merdes. On n’est pas des poupées gonflables, on n’est pas transsexuelles et prostituées, montrer qu’on peut être une femme comme les autres. [...] Déjà de voir que la prostitution ce n’est pas tout beau, tout rose. On croit que c’est la fête mais non, ce n’est pas ça. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Ce que j’ai trouvé chouette, c’est la représentation. De sentir cette écoute massive des gens. Il y avait, à peu près dans ce théâtre, une petite centaine de personnes qui était attentive. Nous ne le voyons pas mais elle était palpable cette attention. Cela ne m’était jamais arrivé quelqu’un qui t’écoute, ce quelqu’un qui était, en plus, plusieurs personnes. Je sentais qu’ils écoutaient et ça, c’est vraiment formidable. [...] Ce qui est des fois pénible, quand toi tu veux leur raconter quelque chose, les gens ne savent pas se taire et écouter et, en fait, là c’était formidable parce que les gens nous écoutaient pour une fois de A jusqu’à Z. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Le but c’était que ma part de souffrance soit dite et qu’elle serve. [...] On a la chance d’avoir la parole. Quand j’étais jeune, j’ai lu un livre de Tahar Ben jelloun, c’était autobiographique. Certaines choses de son vécu, j’avais l’impression d’en vivre et ça m’a permise d’éviter certaines conneries. Le fait d’avoir déjà eu l’échos de quelque chose, c’est comme dire « dans la rue d’à côté y’a un trou sur la gauche, j’ai failli y tomber », vous m’avez entendu le dire et quand vous allez être dans cette rue, vous n’allez pas oublier ce trou. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« C’est un outil de travail qui est formidable. Il demande à être mis en place et contenu par des personnes qui savent mettre en place ce genre de produit parce que les personnes racontent leur vie sous multiples formes, dans des contextes particuliers. Elles parlent d’elles ou elles parlent d’autres, mais elles parlent d’elles à travers d’autres. [...] C’est difficile des fois de retourner dans le passé mais ce sont des lieux, ce sont des instants qui ont pu justement leur permettre de parler de cela. [...] Ils m’ont donné à voir dans mon travail d’éducatrice par rapport aux réalités. [...] Cela leur permet justement de se reposer, de travailler leur passé et dans des instances autres que dans les moments avec les éducateurs. »

Entretien, Montpellier

 

 

 

La revalorisation de soi :

 

Le retour positif du public sur la prestation a été le moyen le plus percutant de revalorisation.

 

« Ils ont adoré ce que j’ai fait et ça a été super émouvant parce que les gens ont fait un ravage, un ravage en applaudissement, c’était super bien, on a été accueilli comme des rois. Beaucoup d’émotions, surtout. Parce qu’on y a mis du coeur, on voulait vraiment le faire ».

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

« Il faut valoriser la personne. J’ai vu des gens, grâce au théâtre, qui ont changé. Le fait de dire « mais tu as été génial, mais c’est super », il ne faut pas oublier que des fois on ne se sent pas utile. »

Entretien, bénéficiaire, Montpellier

 

 

 


Visualiser un extrait du film D’un monde à un autre :

movL’atelier théâtre à Montpellier : entretien