Le partenariat transnational Ex-change a mobilisé quatre projets du programme européen EQUAL ayant pour objectif d’améliorer les interventions sociales pour l’assistance aux victimes du trafic des êtres humains. Les quatre partenariats de développement (PDD) Se reconstruire et s’insérer (France), Longue marche (France), Emergendo (Italie) et OIM (Slovaquie) ont, par l’intermédiaire d’Ex-change, partagé leurs expériences et leurs expertises dans le domaine de la lutte contre la traite des êtres humains et crée des liens professionnels afin d’améliorer leurs services sociaux concernés par cette problématique. Pour cela, quatre macro-activités ont été engagées, précédées d’une macro-activité préliminaire (voir accord transnational ACT n°3987).

 

 

 

 

La macro-activité préliminaire :

Législation, politiques et interventions anti-traite : vue d’ensemble de la situation en France, en Italie et en Slovaquie

 

sous la coordination des PDD Se reconstruire et s’insérer et Emergendo

 

 

Ce travail consistait en la description du phénomène de la traite des êtres humains et en l’analyse des systèmes législatifs, politiques et d’intervention – accès aux mesures de protection et critères pour l’obtention d’un permis de séjour ; accès au logement, à l’assistance sociale et aux soins sanitaires ; accès à l’éducation, à la formation professionnelle et au marché du travail – dans les 3 pays partenaires.

 

 

 

 

 

La macro-activité 1 :

Rôles et profils professionnels, échanges d’acteurs sociaux

 

sous la coordination du PDD Se reconstruire et s’insérer

 

 

Elle consistait en l’identification des « bonnes pratiques professionnelles » comme pratiques adaptées aux besoins et aux situations des publics cibles. Il s’agissait de rendre lisible les parcours, les cursus de formation, les attributs professionnels des intervenants dans le champ du trafic des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et de repérer les assises des pratiques professionnelles tant dans leurs dimensions techniques, méthodologiques qu’éthiques. Elle a permis aussi d’accroître la pertinence des actions de chacun des acteurs sociaux engagés dans cette problématique.

 

 

 

Les objectifs :

  • Comprendre les pratiques professionnelles des acteurs sociaux des pays partenaires et relever les difficultés rencontrées par les mêmes acteurs dans l’exercice de la lutte contre le trafic des êtres humains et dans la réinsertion sociale et professionnelle des victimes.

  • Après l’observation d’autres pratiques professionnelles européennes, proposer de nouvelles méthodologies par les acteurs sociaux et les mettre en application dans leur propre service.

  • Etablir une coopération durable entre les acteurs sociaux des pays partenaires.

 

 

 

Les conclusions de l’étude :

  • Les services de base sont relativement semblables dans les quatre PDD, consistant à accueillir et/ou à aller à la rencontre des personnes victimes du trafic des êtres humains et à mettre à leur disposition des moyens matériels, psychologiques et culturels.

  • L’accueil d’un public spécifique – des personnes contraintes de se prostituer – exige une bonne connaissance du secteur social/professionnel concerné et requiert des qualités professionnelles particulières. Aussi, la démarche est-elle possible grâce aux réseaux et partenariats qui s’impliquent directement (centres d’hébergement et de réinsertion sociale, hôpitaux, entreprises intermédiaires) ou indirectement (pouvoirs publics et fondations privées).

  • Une typologie des rôles a été dégagée mais ces rôles identifiés se chevauchent et se cumulent dans la pratique professionnelle au quotidien.

Etape 1 : accueillir ; informer ; orienter ; prévenir

Etape 2 : suivi social ; suivi éducatif ; animer ; organiser ; gérer ; coordonner ; orienter

Etape 3 : conseiller ; former ; orienter ; accompagner ; socialiser ; insérer ; organiser ; coordonner ; gérer

  • Chaque rôle identifié comporte des « façons de faire » qui diffère d’un acteur social à un autre selon ses représentations sociales et culturelles, même si l’accompagnement social se fait sans jugement de valeurs. Loin d’être mécanique, un rôle est déterminé par la formation et les expériences professionnelles de l’acteur social qui l’habite. Selon les trajectoires scolaires et universitaires des travailleurs sociaux, un rôle sera entrepris différemment puisqu’il est le produit d’une intégration de concepts, de théories et d’expériences. « Deux personnes formées différemment n’assument pas le même rôle de la même manière ».

  • L’étude montre les limites de la polyvalence de la fonction des acteurs sociaux. Le rôle du travailleur social, par exemple, fondé sur l’accompagnement social et la prévention se trouve transformé en rôle d’orientateur, d’informateur et de gestionnaire. Elle met aussi en évidence le fait que chaque profil assure des rôles variés, ce qui peut provoquer des confusions de rôles et donc des disfonctionnements dans les tâches à effectuer.

 

 

 

Dans le cadre de la macro-activité 1 du programme Ex-change, des échanges de professionnels du champ social visaient à :

  • Identifier d’autres organismes travaillant dans le même champ en Italie, en France et en Slovaquie

  • Repérer les bonnes pratiques en matière d’accompagnement du public cible du projet

  • Repérer des besoins éventuels en terme de qualification et de formation pour les personnes accompagnant le public cible

  • Elaborer éventuellement un nouveau module de formation pour les personnes accompagnant le public cible

  • Développer une dynamique de réseau

 

 

Les conclusions de l’étude sur les échanges :

  • La majorité des participants semblait expérimenter pour la première fois ce type d’échanges qui présente un caractère innovant conformément aux attentes du programme EQUAL. Le taux de satisfaction s’avère important et indique que les attentes initialement formulées ont été atteintes, particulièrement au niveau du caractère formateur de ce type d’échanges.

  • Certains échanges ont été organisés de façon à mettre le participant en situation professionnelle : tournée de rue, participation à des entretiens éducatifs…, méthode d’observation participative qui a été appréciée et bénéfique. Cependant, d’autres échanges ont été moins constructifs selon si les champs de compétences et les profils professionnels des personnes rencontrées étaient trop différents de ceux du participant : le travail de comparaison est moins fondé.

  • Les participants ont identifié des méthodes de travail différentes mais celles-ci ne sont pas toutes transférables de manière systématique. Toutefois, certains acteurs sociaux participants aux échanges portent des projets qui ressemblent à certaines méthodes déjà pratiquées ailleurs. Ceux-là pensent donc réutiliser les expériences observées.

  • Les échanges ont permis à certaines structures d’envisager l’élargissement de leur public avec la supervision et les recommandations de structures européennes qualifiées.

  • L’étude met en évidence une demande soutenue de reconduite d’échange transnational afin de mieux connaître les situations respectives en matière de traite, de migration, de législation, de méthodologie de prise en charge des personnes et des spécificités culturelles.

  • Les participants souhaitent privilégier ces échanges transnationaux avec des organismes identifiés correspondant à leurs attentes et présenter de nouveaux projets européens pour « construire ensemble de nouveaux outils ».

 

 

 

Les préconisations :

  • Repérer et prendre en compte des liens entre parcours migratoires et trajectoires des personnes, victimes de la traite et/ou en situation prostitutionnelle.

  • Accroître et favoriser la transférabilité des savoirs et des bonnes pratiques professionnelles dans les domaines de l’accompagnement social des personnes.

  • Faciliter les contacts entre les profils professionnels similaires dans les pays respectifs

  • Prolonger ces programmes par la mise en place de séminaires autour des questions de la traite.

  • Multiplier les échanges et les formations transnationales autour de la problématique de la traite.

  • Déboucher sur la mise en oeuvre de modules de formation validée par les instances compétentes articulant les temps de pratique sur les terrains et les temps d’analyse des pratiques.

  • Rendre visible les impacts de la coopération transnationale par des publications et des communications dépassant les cercles des initiés.

 

 

 

L’ébauche de modules d’une formation :

  • Formation aux langues étrangères

  • Parcours migratoire, prostitution et impact sur les identités et les trajectoires des personnes

  • Profils des victimes de la traite, leurs besoins et les modalités de l’accompagnement

  • Analyse des pratiques professionnelles des intervenants

  • Les apports juridiques de l’accompagnement

  • Les pratiques de réseaux

 

 

« Je suis allé en Italie une semaine. Cela m’a permis de voir une autre association là-bas qui s’occupe de prostitution, de personnes prostituées, de faire une confrontation des pratiques, de voir aussi comment l’idéologie qui soutient le travail fait faire des choix différents et puis de voir les petits détails différents dans leur pratique comme l’importance d’une médiatrice culturelle. [...] Me décaler par rapport à la pratique, de voir les choses de leur point de vue, de voir les choses qui sont faites ailleurs avec un peu de recul déjà de la part des acteurs et puis moi, donc ça m’a permis de réfléchir différemment sur ce que je peux faire tous les jours dans ma pratique. »

Entretien, acteur social, ADN

 

 

 

 

 

La macro-activité 2 :

Recherches sur le « trafic » des femmes en provenance de la Chine, principalement pour leur exploitation sexuelle

 

sous la coordination du PDD Longue Marche

 

 

La recherche a été menée à Paris et à Turin dans le but d’apprendre sur un phénomène de migration et de traite peu connu, en particulier sur les flux de femmes victimes de la traite en provenance de Chine à destination des pays européens et sur les routes empruntées pour rejoindre ces pays. Cette recherche a été entreprise afin de déterminer dans quelle mesure le processus migratoire de ces femmes correspond ou va à l’encontre de la définition du phénomène de traite établi dans le Protocole pour empêcher, supprimer et punir la traite des êtres humains, qui complète la Convention de l’ONU Contre la Criminalité Transnationale Organisée et qui est en vigueur depuis le 29 septembre 2003. De plus, cette recherche a permis d’améliorer la compréhension générale du phénomène de la prostitution des migrantes chinoises et d’en déterminer les causes et les méthodes.

 

Cette recherche a aussi offert l’opportunité de mieux cerner le phénomène de migration des femmes chinoises et l’exercice d’activités prostitutionnelles comme manifestation de déviances importantes dans la réalisation de leur projet migratoire, phénomène en constante augmentation en Europe mais aussi sur les autres continents.

 

Elle a aussi donné à chacun des partenaires italiens et français l’occasion de découvrir l’existence d’acteurs évoluant sur des espaces différents concernés par une problématique commune : la recherche d’une meilleure connaissance afin d’améliorer leurs pratiques et analyses professionnelles. Des propositions et des recommandations ont pu être formulées afin que ce travail transnational puisse contribuer à l’élaboration d’une coopération franco-italienne plus pérenne sur la question.

 

L’étude et la publication ont été élaborées par Carine Guerassimof, Georgina Vaz-Cabral du PDD Longue Marche et par Rosanna Paradiso, Laura Saporta du PDD Emergendo.

 

 

 

Les données prises en compte dans l’étude pour l’élaboration d’un profil type :

 

le profil démographique :

  • région d’origine en Chine

  • profil démographique

  • statut marital

 

le profil socio-professionnel :

  • niveau d’études

  • emplois occupés

  • situation professionnelle au moment du départ

 

le parcours migratoire :

  • processus d’élaboration du projet migratoire (information)

  • choix des modalités de la migration (légale/illégale)

  • choix des intermédiaires offrant des services à la migration (légaux/illégaux)

  • financements potentiels du projet migratoire

 

les conditions d’installation :

  • conditions économiques

  • conditions sociales

  • conditions administratives

 

les conditions et modalités d’exercice des activités de prostitution :

  • lieux de prostitution

  • existence ou non de proxénètes

  • modalités de rencontre avec les clients

  • types de clients

  • association ou non avec d’autres activités économiques

 

 

 

Les préconisations de C. Guerassimof :

 

  • Elaborer et réaliser sur une base franco-italienne d’enquêtes en Chine sur les zones de départ de migration et sur les critères de vulnérabilité des femmes chinoises souhaitant migrer.

  • Approfondir les études comparatives sur cette problématique en France et en Italie.

  • Mettre en place un système d’échange franco-italien de données qualitatives et quantitatives concernant cette problématique entre les acteurs sociaux, les institutionnels et les chercheurs.

  • Maintenir et renforcer l’efficacité des législations françaises et italiennes et les adapter à des données spécifiques selon des processus migratoires identifiés.

 

Selon C. Guerassimof, le processus migratoire des femmes chinoises comporte un risque de déviance pouvant être en rapide augmentation selon l’évolution des contextes.

 

 

 

Les préconisations de G. Vaz-Cabral :

 

  • Entreprendre davantage d’études sur la prostitution cachée (appartement, salon de massage…) et celle réservée à la communauté chinoise.

  • Sensibiliser les professionnels sur la problématique de la migration chinoise, de prostitution et de traite des êtres humains pour mieux adapter l’assistance.

  • Développer la profession de médiateur pour les femmes chinoises

  • Mettre en place une communication en langue chinoise pour mieux informer les personnes concernées (informations sanitaires, juridiques…).

 

 

 

 

 

La macro-activité 3 :

Travail en réseau et approche multi-organismes dans l’assistance aux victimes de la traite et stratégies anti-traite

 

sous la coordination du PDD OIM

 

 

Le partenariat transnational reconnaissant que l’assistance aux victimes de la traite requiert une approche globale impliquant divers organismes, la macro-activité 3 du projet avait pour objectif d’identifier les pratiques actuelles de coopération et de travail en réseau parmi les organismes et organisations qui oeuvrent dans le champ de l’assistance sociale aux victimes de la traite, présentes dans chaque pays, et de relever des exemples de bonnes pratiques professionnelles qui pourrait être intéressant d’appliquer dans les autres pays partenaires ou au niveau de l’Union européenne.

 

 

 

Les exemples de réseaux :

 

  • Le réseau « Ac-Sé » en France
  • le projet interrégional de l’Art.18 des Marches, des Abruzzes et du Molise pour la mise en œuvre de programmes d’assistance et d’intégration sociale des victimes de la traite

  • le réseau provincial de consultation (Turin) pour combattre la traite des êtres humains et promouvoir l’intégration sociale, professionnelle et l’accès au logement des victimes

  • le réseau de consultation communal (Gênes) contre le phénomène des femmes victimes de la traite

  • les accords locaux pour la mise en oeuvre des programmes d’assistance et d’intégration sociale pour les victimes de la traite (Province de Pise)

  • l’Organisation Internationale pour les Migrations

 

 

 

Les conclusions de l’étude sur les réseaux :

 

  • Les partenaires transnationaux ont identifié des « bonnes pratiques professionnelles» qui pourraient être utilisées par les autres partenaires du projet ou par des parties tierces.

  • Le travail en réseau diffère dans sa conception et sa réalisation d’un pays partenaire à un autre mais il est considéré comme bénéfique et constructif dans toutes ses formes. L’Italie appuie son assistance et son insertion sociales sur les réseaux locaux multi-organismes, contrairement à la France et à la Slovaquie qui présentent plutôt une organisation de contacts informels. L’Italie fonctionne avec ce type de réseaux multi-organismes en raison de son offre de structures ou de services spécifiques et sectorisés : chaque service spécifique (service à l’emploi ou au logement, par exemple) a besoin des autres pour proposer un accompagnement social complet.

  • Les participants ont jugé le transfert de leurs connaissances et expériences spécifiques possible mais subordonné dans une large mesure aux contextes législatifs, politiques et sociaux locaux.

 

 

 

Les points forts du travail en réseau :

 

  • Permet ou améliore la création de procédures et de standards communs dans l’assistance des personnes et garantit leur application.

  • Assure divers types de services dans toutes les zones géographiques du pays, conçus sur mesure en fonction des besoins.

  • Assure la professionnalisation des services pour les organisations non spécialisées dans la prestation de services aux victimes de la traite (séminaires et sessions de formations ; procédures communes standardisées…)

  • Amène une meilleure visibilité auprès des experts comme du grand public et influence plus avantageusement les politiques nationales et régionales vers la lutte contre le trafic des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.

 

 

 

Exemples de « bonnes pratiques professionnelle» du travail en réseau :

 

  • Travail en réseau multi-organismes : forces de l’ordre, institutions communales, régionales et provinciales, groupes religieux, ONG, services sociaux publics et entrepreneurs.

  • Réseaux formalisés : formalisation contractuelle de coopération.

  • Réseaux non formalisés : coopération entre réseaux ou organisations au niveau local, régional, et/ou interrégional.

  • Service téléphonique comme outil de référence du réseau : coordination des services entre partenaires de plusieurs régions.

  • Implication du secteur privé – entrepreneurs et organisations d’entrepreneurs.

 

 

 

 

La macro-activité 4 :

Informer et disséminer

 

sous la coordination du PDD Emergendo

 

 

Les activités menées dans le cadre du projet global Ex-Change ont été communiquées et divulguées grâce aux moyens suivants : un logo de projet ; une brochure électronique présentant les informations générales sur l’accord transnational, sur les projets et les PDD nationaux ; des pages électroniques sur les sites internet des projets nationaux ; des lettres d’information électroniques contenant les informations sur le projet et l’information générale sur la traite ; des conférences de presse ; une publication finale pour présenter toutes les activités et résultats du projet ; une conférence finale de deux jours à Pise pour présenter les réalisations, les résultats et le caractère durable de toutes les activités entreprises.

 

 

 

Ex-change : améliorer les interventions sociales pour l’assistance aux victimes du trafic des êtres humains

Le transnational pdf La publication Ex-change en version française

pdf La publication Ex-change en version anglaise

pdf La publication Ex-change en version italienne

 

 

Présentation synthétique du travail social en réseau dans les trois pays partenaires (France, Italie, Slovaquie)
pdf Document en version anglaise

 

 

Rapport final sur l’évaluation transnationale des échanges professionnels (comprenant la présentation du 16 novembre 2007 à Pise)

pdf Evaluation transnationale en version anglaise

 

 

Présentation du programme de la conférence de Pise du 16 et 17 novembre 2007

pdf Programme de la conférence de Pise en version anglaise

 

 

Présentation du phénomène international du trafic des êtres humains pour la rencontre transnationale du 16 et 17 novembre 2007 à Pise par le projet Emergendo
pdf Document en version anglaise

 

 

Rapport contenant une proposition de recommandation du Parlement européen à l’intention du Conseil sur la lutte contre la traite des êtres humains
pdf Document de séance du Parlement européen